CARTOGRAPHIE IMAGINAIRE

écriture, musique et théâtre d’objets
création automne 2023
à partir de 15 ans

 

C'est l'histoire d'une personne qui doit traverser un territoire d'un point à un autre avec une simple carte pour se repérer. Mais dès qu'il ouvre et referme cette carte, le territoire et la carte en question se transforment simultanément. Cartographie imaginaire joue avec les lignes et les points : traces, frontières et trajectoires et la perte d'orientation. Cartographie imaginaire est le dernier texte que j’ai écrit sur la Palestine et le plus «lointain».
C'est également le texte le plus narratif et le plus linéaire, paradoxalement le plus abstrait.


Cartographie imaginaire est une double allégorie.


On pourrait y voir l'itinéraire d'une Palestinienne ou d’un Palestinien qui tenterait de traverser la Cisjordanie et en serait empêché par les colonies, les avants-postes, par le mur, par des checkpoints, des blocs de bétons, des zones sécurisées, des zones non autorisées, par toutes sortes de zones et d'obstacles...


On pourrait également y deviner les difficultés et les errances de l'auteur qui se débat depuis des années avec la vie et avec ce sujet.


Cartographie imaginaire est un texte ontologique : partie de la philosophie qui a pour objet l'étude des propriétés les plus générales de l'être, telles que l'existence, la possibilité, la durée, le devenir.


Cartographie imaginaire est un texte géographique : science qui a pour objet l'étude des phénomènes physiques, biologiques et humains qui se produisent sur un territoire.

Note d'intention d'Elsa Hourcade

 

Cartographie imaginaire est le troisième volet de nos travaux autour du territoire palestinien et de ses implications multiples : des frontières mouvantes, des cartes qui deviennent aussitôt obsolètes, des paysages meurtris, des constructions abruptes et arbitraires, des foyers laissés derrière soi, des exils et des pertes, des limites fluctuantes aux conséquences plurielles. Le texte de Cartographie imaginaire reprend en substance toutes ces problématiques mais en prolonge le trait pour le rapprocher de nos contrées. Il résonne au-delà de la Palestine et nous évoque d'autres altérations possibles de nos territoires concrets et imaginaires.


Lors de notre dernière création, nous avons partagé quatre années riches en rebondissements jalonnées d'enthousiasmes, de pertes, d'avancées, de retours en arrière, de doutes et de coups du sort à l'image du « il ou
elle » dont il est question dans Cartographie imaginaire. Nous nous reconnaissons donc profondément dans le projet de ce texte qui nous éclaire sur ses visées dès les premières lignes : un personnage au genre non défini, qui pourrait être tout un chacun/chacune, a un objectif en apparence simple, « aller d'un point à un autre, soit dit en passant par un certain nombre d'autres points. » Mais il est, comme tout un chacun, immédiatement rattrapé par ses prédispositions. « Dans le fond, il sait qu'il va vers la perte, vers l'oubli de lui-même, avec le sourire ». Au final, il ne finira jamais ce trajet mais ouvrira d'autres questionnements et d'autres portes sur d'autres dénouements.


C'est l'alternance entre empêchements, réussites (aussi infimes soient-elles) et les efforts qu'il faut pour avancer lorsqu'on louvoie avec le sort, qui est au centre de ce nouveau projet.


Nous sommes tous conscients d'évoluer dans un monde en mutation permanente. Que l'on voit dans ces changements de bonnes ou de mauvaises augures ne change rien, les cartes continuent de se modifier en dépit de nous. Le texte d’Yvan nous offre donc une allégorie à point nommé, une vision à la fois truculente et méditative pour parler de nos cheminements contradictoires et de nos égarements ô combien indispensables.

 

 

Extrait 1 :
« Il décide de consulter la carte. À peine dépliée, un coup de vent la fait s'envoler au-dessus de lui, virevolter comme une voile qui faseille face au vent. Si sa main gauche lâche la carte, l'autre la retient de justesse près de sa tête. De derrière, on dirait une idée qui tente de s'échapper, se débattant dans le vent. Alors, le vent tourne et plaque le papier sur son visage. Ça ressemble à une cagoule qui l'empêcherait de voir de quoi demain sera fait. Le vent se calme, il parvient à extraire sa tête. Mais, la carte retombe et lui couvre les hanches, les jambes. Ainsi le rythme le prend, il commence à danser : 1, 2, 3, jambe levée, 4, pieds serrés. Soudain, le vent reprend et la carte s'envole à nouveau. Le vent tourne sans cesse, la carte de même jusqu'à lui passer dans le dos. Il parvient, in extremis, à la saisir de sa seconde main. Elle flotte dans son dos telle la cape d'un héros des temps qui pourraient venir. Prêt à décoller ? Mais, à cet instant, le vent retombe totalement, la carte de même. Alors, il tente de faire un pas, mais il marche sur la carte, s'y prend les pieds et trébuche. Son visage se rapproche terriblement du papier et en dessous, le sol. »

 


Extrait 2 : (un souvenir lointain)
« Se voit longtemps marcher dans l'hiver, dans la forêt et la neige.
Se voit s'arrêter entre deux troncs tombés et découvrir la trace de l'animal dans la neige.
Se voit dans la neige enlever, du bout de ses doigts gelés, les brindilles et les morceaux de feuilles dans la trace.
(Voit ses mains qui tremblent et le regard brûlant de sa mère qui souffle sur ses mains.)
Se voit dans la neige, mélanger chaux et eau dans un verre ou un bol en plastique et son amie rire, une tache de mélange sur les sourcils.
Se voit dans la neige verser mélange dans trace et attendre que plâtre sèche. »